Le 19 novembre 2026, GTA VI sortira dans un genre qu’il a vidé de ses occupants. Le seul studio à avoir affronté Rockstar de face, Volition, n’existe plus depuis août 2023, et le créateur historique de sa série a enterré la franchise en février dernier. Voici l’histoire du dernier rival de GTA, et ce que sa disparition dit du monde qui attend GTA 6.
Saints Row est né dans la brèche laissée par GTA
En 2006, Rockstar est absent. GTA: San Andreas date de 2004, GTA IV ne sortira qu’en 2008, et la Xbox 360 vient d’arriver sans le moindre bac à sable criminel à son catalogue. Volition, studio de l’Illinois fondé en 1993 et connu jusque-là pour Red Faction et sa destruction de décors, s’engouffre dans le trou. Saints Row sort en exclusivité Xbox 360 et dépasse les 2 millions d’unités.
Le pari n’était pas de copier GTA mais de le déborder par l’excès. Comme le résume Kotaku, le jeu « poussait la bouffonnerie plus loin que Grand Theft Auto n’osait le faire ». Là où Rockstar tenait à sa satire sociale, Volition offrait un créateur de personnage démesuré, des gangs bariolés et un humour de potache. La recette fonctionne : Saints Row 2, sorti en 2008 l’année même où GTA IV redéfinit le genre, s’écoulera à 3,4 millions d’unités.
The Third a été le sommet, et le début du problème
Saints Row: The Third, en 2011, est l’apogée commerciale de la saga : plus de 5,5 millions d’unités, un record que la série ne battra jamais. C’est aussi le moment où Volition choisit définitivement son camp, celui de la surenchère, avec le gode-batte violet et le saut en chute libre sur fond de Power de Kanye West. Le bac à sable criminel devient un parc d’attractions.
Le piège se referme avec Saints Row IV en 2013, qui écoule plus d’un million d’unités dès sa première semaine mais troque la ville pour une simulation extraterrestre et le Boss pour un président doté de superpouvoirs. La série a réussi à se distinguer de GTA au point de quitter le genre. Quand Rockstar sort GTA V la même année, les deux jeux ne parlent plus au même public, et le rapport de force est sans appel : GTA V frôle aujourd’hui les 230 millions d’exemplaires.
Le reboot de 2022 a cassé la franchise
Après neuf ans de silence, Volition tente le grand retour en août 2022 avec un simple Saints Row, reboot situé dans la ville fictive de Santo Ileso. L’idée est cohérente sur le papier : revenir aux origines, quatre jeunes qui montent un gang. L’exécution ne suit pas. Le jeu sort dans un état technique bancal et, comme le note Kotaku, « techniquement cassé et tonalement décalé » pour les fans, avec une bande de colocataires sympathiques là où la série avait habitué à des psychopathes.
Le verdict commercial tombe : environ 1,7 million d’unités, selon un ancien responsable communauté de Volition. C’est moins que chaque épisode principal de la saga, y compris le tout premier sorti sur une seule console seize ans plus tôt.
Volition n’a pas survécu à l’échec
Le 31 août 2023, Embracer ferme Volition « avec effet immédiat », trente ans après sa fondation. Le studio ne paie pas seulement son reboot : il est emporté par la restructuration massive d’Embracer, déclenchée par l’effondrement d’un partenariat de 2 milliards de dollars avec Savvy Games Group. Le groupe suédois avait passé des années à racheter des studios ; il les revend ou les ferme.
La différence de structure est ici décisive. Rockstar appartient à Take-Two, dont la trajectoire boursière repose sur GTA, et qui a laissé treize ans à Rockstar pour livrer GTA VI. Volition dépendait d’un conglomérat qui n’avait ni le temps ni les moyens de financer un deuxième essai. Un studio de taille moyenne n’a droit qu’à un échec.
En février 2026, le créateur a enterré la série
L’espoir a duré un temps. Le 20 mai 2026, dans une lettre aux actionnaires, le président d’Embracer Lars Wingefors cite encore Saints Row parmi les licences dont sa nouvelle entité Fellowship explorera « plus activement » l’exploitation via des partenaires externes, aux côtés de Deus Ex, TimeSplitters et Legacy of Kain. Mais aucun studio n’a été annoncé, aucun jeu n’est en développement.
Le coup de grâce est venu de l’intérieur. En novembre 2025, Chris Stockman, directeur du design du premier Saints Row, révèle qu’Embracer l’a lui-même sollicité pour redresser la barre : il propose une préquelle située dans les années 1970. Puis plus rien. Le 21 février 2026, il livre son verdict à un fan sur Discord : « Je pense que la franchise est morte, malheureusement. J’ai le sentiment qu’Embracer n’a aucune capacité à en faire quoi que ce soit. » Quand le groupe qui détient la licence sollicite lui-même le créateur de la série puis cesse de lui répondre, la case du rival est officiellement vide.
Ce que cette disparition dit du monde qui attend GTA VI
Saints Row n’a jamais battu GTA, mais il jouait un rôle : occuper le terrain entre deux Rockstar. Treize ans séparent GTA V de GTA VI, et personne n’a rempli ce vide. La raison est économique. Le budget de GTA VI se compte en centaines de millions, comme on l’a détaillé dans notre point sur le jeu le plus cher de l’histoire, et il faut aujourd’hui aligner cette somme pour prétendre au même niveau de finition.
Face à ce ticket d’entrée, les prétendants ont reculé. Watch Dogs dort chez Ubisoft, Saints Row n’a plus de studio, et le voisin le plus crédible reste Cyberpunk 2077, qui joue dans une autre catégorie de ville et de genre, comme nous l’avons comparé dans notre duel des ambitions. Pour ceux qui cherchent de quoi patienter, notre sélection de jeux comme GTA reste la meilleure porte d’entrée d’ici la date de sortie.
C’est le paradoxe de novembre 2026. GTA VI sort en position de force absolue, sans le moindre concurrent frontal, et c’est exactement ce qui rend le genre fragile : quand un seul studio peut encore se payer un bac à sable criminel de ce calibre, il n’y a plus de comparaison possible, donc plus d’aiguillon. Le premier Saints Row était né parce que GTA avait laissé une brèche. Aujourd’hui, il n’y a plus de brèche, et plus personne pour s’y glisser.
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