Le 26 octobre 2004, Grand Theft Auto: San Andreas débarque sur PlayStation 2 et fait exploser toutes les limites de la saga. Là où GTA III et Vice City tenaient dans une seule ville, Rockstar North livre un État entier, trois métropoles, une campagne, un désert, et l’histoire d’un gamin de quartier qui rentre chez lui. Vingt ans plus tard, San Andreas reste pour beaucoup le GTA le plus aimé de tous. Voici pourquoi.
L’État de San Andreas : trois villes, un monde
L’idée de départ est vertigineuse pour 2004 : ne pas cadrer le jeu dans une ville, mais dans tout un État fictif, San Andreas, inspiré de la Californie et du Nevada, à l’époque des tensions raciales de 1992. On y trouve trois grandes villes, chacune décalquant un modèle réel : Los Santos (Los Angeles et sa culture gangsta), San Fierro (San Francisco, ses côtes et ses rues en pente) et Las Venturas (Las Vegas et ses casinos). Entre elles s’étendent la campagne, des petites bourgades, une base militaire et un désert.
C’était, de loin, la plus grande carte jamais proposée par la série, et l’une des plus grandes du jeu vidéo d’alors. Surtout, elle donnait une vraie sensation de voyage : passer de la chaleur poussiéreuse de Los Santos aux collines brumeuses de San Fierro changeait l’ambiance du tout au tout.
CJ et Grove Street : le retour au quartier
Le héros, c’est Carl « CJ » Johnson. Après cinq ans à Liberty City, il revient à Los Santos pour l’enterrement de sa mère, abattue dans une fusillade. Il retrouve un quartier en ruine, un frère aîné, Sweet, qui lui reproche son départ, et son gang d’enfance, les Grove Street Families, laminé par la drogue et les rivaux Ballas.
De cette veillée funèbre naît une fresque de plusieurs dizaines d’heures : reconquête du territoire, trahisons, ascension jusqu’aux casinos de Las Venturas, le tout sous la coupe de flics ripoux menés par l’officier Tenpenny, incarné par la voix de Samuel L. Jackson. Là où San Andreas se distingue de GTA V, c’est par ce ton : un drame de rue direct, nourri au cinéma de South Central et au gangsta rap, plus brut que l’ironie de ses successeurs.
Les innovations qui ont tout changé
Techniquement, San Andreas pousse le moteur RenderWare de la PlayStation 2 dans ses derniers retranchements. Mais sa vraie révolution est ailleurs : dans la profondeur de simulation. Pour la première fois, le corps de CJ n’est pas figé. Il faut le nourrir, l’emmener à la salle de sport, éviter qu’il ne grossisse ou ne fonde, développer son endurance et ses compétences aux armes. On peut changer sa coupe, ses vêtements, ses tatouages, et même gagner en respect ou en sex-appeal.
Ajoutez la guerre des gangs pour contrôler des territoires sur la carte, l’aviation complète (avec brevet de pilote et jetpack à la clé), la natation enfin possible, la conduite de dizaines de véhicules terrestres, aériens et nautiques, et vous obtenez un bac à sable d’une richesse inédite. Beaucoup de ces idées irriguent encore la série jusqu’à aujourd’hui.
| Nouveauté de San Andreas | Ce qui était inédit en 2004 | Héritage dans la saga |
|---|---|---|
| Trois villes plus la campagne | La plus grande carte GTA de l’époque | Les régions de GTA V et de Leonida |
| Statistiques façon RPG | Le corps et les aptitudes de CJ évoluent | Les compétences de GTA V |
| Personnalisation (habits, tatouages, poids) | Premier avatar GTA vraiment modelable | L’éditeur de GTA Online |
| Guerre des gangs et territoires | Conquérir des zones sur la carte | Systèmes de contrôle de zone |
| Aviation complète | Avions, brevet de pilote, jetpack | Le ciel de GTA V |
| Natation et plongée | CJ ne se noie plus | Standard depuis 2004 |
Une bande-son et un casting devenus légendaires
Impossible d’évoquer San Andreas sans sa radio. Onze stations couvrent le gangsta rap, la funk, la soul, le rock et la country du début des années 1990, de Radio Los Santos à Bounce FM en passant par K-DST. Cette bande-son, calée au millimètre sur son époque, fait autant pour l’immersion que la carte elle-même.
Le casting vocal suit la même ambition, rare pour un jeu de 2004 : Young Maylay prête sa voix à CJ, entouré de Samuel L. Jackson, Ice-T, Chris Penn ou encore Peter Fonda. Ce soin porté à l’écriture et au doublage a posé les bases de l’ambition narrative que Rockstar cultivera ensuite, de GTA IV à pourquoi GTA V tient toujours depuis 2013.
Hot Coffee : le scandale qui a changé les classifications
En 2005, San Andreas se retrouve au cœur de la plus grande polémique de l’histoire de Rockstar. Un mod baptisé Hot Coffee débloque un mini-jeu à caractère sexuel présent dans les fichiers mais coupé du jeu final. La découverte provoque un tollé politique aux États-Unis. Résultat : le 20 juillet 2005, l’ESRB reclasse le jeu en Adults Only, la catégorie infamante qui vaut un retrait des rayons de nombreuses enseignes.
Rockstar et Take-Two doivent publier une version corrigée, encaisser le retrait temporaire du jeu, puis, des années plus tard, régler un recours collectif pour 20 millions de dollars (2009). L’affaire dépasse le seul San Andreas : elle a durablement pesé sur la façon dont l’industrie gère les contenus cachés et les classifications d’âge.
San Andreas aujourd’hui : le remaster et l’héritage
En novembre 2021, San Andreas revient dans la Grand Theft Auto: The Trilogy Definitive Edition, un remaster confié au studio Grove Street Games. Le lancement vire au fiasco : bugs, éclairage cassé, modèles disgracieux, panneaux mal orthographiés, au point que la version PC est retirée quelque temps. Il faudra des années de correctifs, jusqu’à une mise à jour majeure en 2024 restaurant notamment l’éclairage classique, pour que cette édition redevienne une façon recommandable de découvrir la trilogie.
Au-delà du remaster, l’héritage le plus vivace de San Andreas est ailleurs. Le jeu a nourri des années de modding et de multijoueur amateur (SA-MP, MTA), matrice culturelle directe du GTA RP qui tourne aujourd’hui sur GTA V. Et son ADN se lit encore dans chaque nouvel opus : la carte-région, la personnalisation, la vie de gang. Pour mesurer le chemin parcouru, on peut comparer San Andreas à GTA VI : du Los Santos de 1992 à la Leonida du tout récent Grand Theft Auto VI, la ligne est directe. Et pour resituer le tout, voici tous les GTA dans l’ordre et l’histoire des débuts de Rockstar.
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